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Interview de Gérard Hernja et de Vincent Kaufmann (LMI) : Mobilité durable et inclusive et AOM : enjeux et eccueils à éviter ?

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Et si la question actuelle de la mobilité pouvait ne pas se limiter à des types de moteurs, à de l’énergie ou à l’organisation des transports sur un territoire ?

Pourrions-nous prendre les choses par un autre prisme ? Les enjeux actuels pourraient alors être en fait une chance ! Une chance pour repenser ensemble, en société, ce qu’est la mobilité.

Voilà ce que présentent Vincent Kaufmann et Gérard Hernja dans leur Manifeste pour une éducation durable et inclusive.

Comment ? Entre autres, en considérant l’éducation pour co-construire les projets de mobilités d’un territoire.

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1. Nous avons développé l’idée que l’éducation serait en définitive la seule solution susceptible de créer les conditions d’une mobilité durable et inclusive.

Nous pensons qu’il est absolument essentiel de redéfinir la notion de mobilité, un peu de la même manière que nous l’avons fait pour l’inclusion. Si l’on replonge dans la littérature de la première moitié du XXème siècle, la mobilité est généralement définie comme une transformation de soi en franchissant d’une manière ou d’une autre l’espace.

  • Cette définition est à notre avis très inspirante pour développer des politiques de mobilité inclusives et durables car qui dit transformation de soi ne dit pas nécessairement aller vite, loin et souvent… D’ailleurs, les personnes qui ont les activités les plus diversifiées au cours d’une journée ne sont généralement pas celles qui vont loin en voiture.

Nous avons ainsi développé l’idée que l’éducation serait en définitive la seule solution susceptible de créer les conditions d’une mobilité durable et inclusive. La définition de l’éducation, apprendre et changer, entre ainsi parfaitement dans le périmètre d’une mobilité que nous avions définie en tant que transformation de soi.

2. Nous appelons les AOM à sortir de l’idée qu’il leur suffirait de déployer des solutions toutes faites pour répondre aux besoins d’un territoire et aux désirs de ses habitants.

La prise en compte de la compétence mobilité, avec ses enjeux sociaux et environnementaux, demande une prise en compte transversale de ses enjeux qui ne peut se limiter à la mise en place de solutions concernant les déplacements.

Les enjeux de la mobilité étant clairement ceux de la cohésion du territoire, les AOM ne doivent pas simplement rajouter un service mais articuler la question de la mobilité à l’ensemble des services.

Parmi les eccueils, nous verrions essentiellement la tendance naturelle à chercher à imposer des solutions qui ne sont pas désirées par ceux à qui elles sont destinées.

Cette manière d’imposer des solutions toutes faites est souvent le signe d’une forme de facilité d’action, méconnaissant la complexité du problème et ne sachant pas prendre la mesure de la diversité des moyens nécessaires à l’action.

Les AOM ayant pris en charge la compétence mobilité découvriront sans doute progressivement les écueils d’une démarche qu’ils pensaient pouvoir réduire à la mise en œuvre d’outils facilitant les déplacements. Les questions de l’accompagnement et, nous l’affirmons de l’éducation, vont prendre de plus en plus de place dans la volonté de construire sur les territoires une mobilité plus durable.

3. L’idée première, sur un territoire, doit toujours être celle de coconstruire plutôt que d’imposer.

  • Ce que nous conseillerions aux AOM, c’est déjà de travailler collectivement sur la définition de la mobilité dans le territoire qu’elles couvrent, sur les valeurs qu’elle doit véhiculer et sur la finalité du projet qu’elles veulent promouvoir, et cela avant même de se lancer dans le déploiement de solutions.

Pour cela les AOM doivent apprendre :

  • à travailler avec le terrain,
  • avec les territoires,
  • avec les personnes qui y habitent
  • et directement, avec ceux qu’on appelle les usagers mais que nous préfèrons appeler les bénéficiaires.

    L’idée première, sur un territoire, doit toujours être celle de coconstruire plutôt que d’imposer. De penser à la désirabilité d’un projet plutôt qu’à son acceptabilité.

    Coconstruire implique aussi d’être en mesure d’imaginer des services de mobilités susceptibles de s’adapter aux besoins, y compris dans leur conception.

Pour que le projet ait une dimension éducative, il faudra que l’organisation de ces rencontres crée de véritables lieux de débat et de décision : au sein des associations et de l’ensemble des collectifs et cela inclut naturellement les entreprises.

Cet article est issu des témoignages et de l’aide de de Gérard Hernja  (Docteur en sciences de l’éducation,  Chercheur auprès de l’ECF et Membre du Comité Scientifique du Laboratoire de La Mobilité Inclusive), et de Vincent Kaufman (Docteur es Sciences, Professeur de sociologie urbaine et d’analyse des mobilités à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne, directeur scientifique du Forum Vies Mobiles à Paris ).

Merci pour votre disponibilité et relectures !
Aline Mongellaz